Reportage France

Portrait: Frédéric Adnet, l’urgence de soigner

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Le professeur Frédéric Adnet.
Le professeur Frédéric Adnet. Archive personnelle de Frédéric Adnet

Le professeur Frédéric Adnet est un passionné de la médecine d’urgence. Il aime le paramètre temps, inhérent à sa discipline, qui contraint à l’efficacité du soin. Directeur du service des urgences et du SAMU en Seine-Saint-Denis, c’est à lui que la direction de l’hôpital Avicenne a confié les clés pour organiser la riposte à la crise du coronavirus.

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Frédéric Adnet, passionné de médecine, a d’abord étudié la physique fondamentale : « Ma mère voulait que je fasse médecine, mais comme j’avais fait maths-sup je voulais continuer la physique ». Celui qui est aujourd’hui professeur de médecine d’urgence à l’université Paris-13 et directeur des urgences de l’hôpital Avicenne et du SAMU de Seine-Saint-Denis, a donc commencé maître de conférence en physique nucléaire au CNRS, dans un laboratoire de biophysique.

Mais le physicien est un travailleur solitaire et « progressivement, les patients me manquaient, le soin me manquait, le contact… » Alors, Frédéric Adnet est allé voir le doyen de la faculté de médecine : « Il m’a dit, si vous développez la recherche dans le département urgence et anesthésie, je vous embauche, c’est comme ça que j’ai développé la médecine d’urgence. »

Une passion aiguë

La médecine d’urgence ne ressemble pas à la médecine de suivi général. C’est une médecine de l’aigu et c’est ce qui passionne Frédéric Adnet : « j’ai toujours aimé soigner pour avoir un résultat immédiat ». En médecine d’urgence, les patients arrivent avec des pathologies aiguës, pour lesquelles on fait un diagnostic rapide et sur lesquelles on agit tout de suite. Frédéric Adnet explique qu’il y a des points communs à toutes décompensations – le moment où une maladie devient brutalement aiguë – c’est donc « une vraie spécificité qui nécessite une médecine de haut niveau très spécialisée. »

La médecine de catastrophe ou d’assistance de crise, que l’on pratique quand les structures débordées, est une autre de ses spécialités : « c’est ce qui me plaît, cette contrainte de temps : il faut aller vite sinon le patient meurt. »

À l’horizon, la crise sanitaire

Avant que le virus n’arrive sur le territoire, Frédéric Adnet suivait les nouvelles de la Chine : « j’étais inquiété par les mesures que prenaient les Chinois qui ne correspondaient pas au bilan ; seulement 3000 morts pour une région de 51 millions habitants, alors qu’ils montaient des hôpitaux de 1000 lits en 8 jours, il y avait une contradiction entre les mesures prises et les bilans reçus ». Les précédentes alertes sanitaires pour le MERS – Syndrome respiratoire aigu du Moyen-Orient –, le SARS – Syndrome respiratoire aigu sévère – et Ebola n’étaient pas arrivées jusqu’en France, Frédéric Adnet ne s’est donc pas inquiété tout de suite ; mais la crise arrivant en Italie et voyant ses collègues italiens débordés, l’alerte a été donnée et il a été nommé directeur médical de la cellule de crise à l’hôpital Avicennes, à Bobigny.

Urgence en Seine-st-Denis

La Seine-Saint-Denis, où œuvre le docteur Adnet, a été le département d’Île-de-France plus touché par la crise du coronavirus. Les appels au SAMU ont été multipliés par 7, et 90% concernaient le Covid. Pourtant, les urgences ont tenu le choc : « Au sommet de la crise, tous nos lits étaient pleins, au lieu de 2 ambulances de nuit on est passé à 15, on aurait eu encore deux jours avec cette montée, on aurait atteint le niveau de rupture, mais on ne l’a pas atteint, on a réussi à faire face et… pouf ! Ça a commencé à décroître. »

La grande peur du docteur Adnet, c’était de devoir « choisir » les patients à réanimer, comme les médecins italiens, qui ont été contraints de faire le choix de ne pas réanimer des patients qui auraient pu l’être s’ils en avaient eu les moyens. Mais non, cela ne s’est pas passé à l’hôpital Avicenne : « Dès lors qu’on a dit qu’un patient avait besoin de réanimation, il l’a eue. »

Les clés de l’hôpital

Pendant la crise du coronavirus, l’administration et la direction de l’hôpital Avicenne se sont mises au service des médecins : « Ils nous ont donné les clés de la boutique, ils nous ont dit : faites ce que vous voulez », relate Frédéric Adnet. Les rapports de force se sont inversés et les décisions se sont alors fondées sur les problématiques médicales et de soin, et non plus sur des restrictions et l’optimisation des dépenses.

L’hôpital s’est transformé pour s’adapter aux besoins sanitaires réels « avec une politique d’open-bar, on avait ce qu’on voulait ce qui n’est pas le cas d’habitude ». Beaucoup de personnel est tombé malade, « il a fallu une réorganisation complète qui s’affranchissait des règles d’avant crise… et j’ai vu un hôpital bien fonctionner. »

Prises de position en public

Pendant la crise, on a pu voir Frédéric Adnet intervenir dans le débat public. Après réflexion, nombreuses rumeurs et fake news qui entraînaient la population sur de mauvaises pistes l’ont conduit à intervenir : « J’ai pensé qu’il était important que les médecins qui sont au cœur du problème apportent leur témoignage, pour éviter qu’on dérive vers des infos farfelues, hyper alarmistes ou au contraire trop rassurantes (…) L’angoisse est la porte d’entrée à des théories complotistes, j’ai eu à batailler même au sein de mon hôpital. »

Son exemple a été suivi par beaucoup de confrères qui ont apporté un message plus factuel que des discours.

Un homme de plusieurs passions

Frédéric Adnet n’a pas qu’une seule passion. Au regard du nombre de livres qu’il a publié sur la médecine d’urgence, on comprend que le soin ne suffit pas : « Soigner, oui, mais j’ai toujours eu envie de transmettre le savoir, c’est ce qui a de plus noble dans notre métier. »

Alors qu’il était encore étudiant, son modèle était le professeur tout en bas de l’amphithéâtre, à la faculté de Jussieu, à Paris ; alors il est devenu professeur à son tour, pour participer à la transmission des connaissances.

Mais s’il n’avait pas choisi d’être physicien, puis médecin et enseignant chercheur, Frédéric Adnet serait probablement pilote de ligne, car il le dit lui-même : « Ok, ce n’est pas très écolo, mais j’ai toujours été hypnotisé par les avions ! »

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