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La migration des animaux

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Un troupeau de gnous à leur arrivée dans la réserve nationale Maasai Mara du Kenya depuis le parc national du Serengeti en Tanzanie pendant le début de la migration annuelle le 18 juillet 2020.
Un troupeau de gnous à leur arrivée dans la réserve nationale Maasai Mara du Kenya depuis le parc national du Serengeti en Tanzanie pendant le début de la migration annuelle le 18 juillet 2020. TONY KARUMBA/AFP

C'est la période des grandes transhumances. Pas celles des touristes, qui se ruent vers les plages, mais celle des animaux. Eux aussi voyagent, mais ce ne sont pas vraiment des vacances.

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L’herbe est tendre, c’est la saison des pluies, et à perte de vue, dans la plaine du Masai Mara, au Kenya, environ un million de gnous (difficile de compter) profitent d’un repas bien mérité, après un périlleux périple de centaines de kilomètres, où ils ont dû affronter des lions et des hyènes dans la savane, et des crocodiles en traversant les rivières. Il s’agit de la plus grande migration terrestre animale au monde, au gré des saisons des pluies. Migration de masse, car le nombre fait la force face aux prédateurs, entre la Tanzanie et le Kenya.

Les animaux n’ont pas de passeport, et pas besoin de visa. La chauve-souris des palmiers d’Afrique voyage elle entre le Congo-Kinshasa et la Zambie, pour y trouver les fruits du manguier ou du baobab, quand ils sont mûrs à point. Les oiseaux aussi sont de grands migrateurs, qui s’échappent de l’hiver pour trouver chaleur et nourriture. C’est le cas, par exemple, des oies sauvages, immortalisées par le chanteur français Michel Delpech : « Par-dessus l’étang/ Soudain j’ai vu/ Passer les oies sauvages/ Elles s’en allaient / Vers le Midi, la Méditerranée » Les oies sauvages, à l’approche de l’hiver, quittent la Scandinavie pour rejoindre l’Espagne. Migration Nord-Sud aussi en automne pour les hirondelles, ou les cigognes, parties hiverner au Maghreb. En empruntant peu ou prou la même route aérienne. « Tous les oiseaux qui passent par la France pour migrer en Afrique passent par les Pyrénées, l’Espagne et Gibraltar, ce qui provoque des goulets d’étranglement,  détaille Simon Benhamou, chercheur au CNRS et au centre d’écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier. On en voit passer beaucoup ensemble, un peu comme les vacanciers en ce moment. Il y a quelques points noirs sur la route où tout le monde se retrouve sans pour autant passer leurs vacances ensemble ».

Pas de GPS, mais des boussoles internes

Les oiseaux ne migrent pas forcément en groupe, « même les individus d’une même fratrie ne migrent pas forcément ensemble, tout dépend de leur développement. » Pas de migration grégaire chez les oiseaux, contrairement à nos gnous tanzano-kényans, qui font un peu figure d’exception chez les animaux.
Mais comment font-ils pour se repérer, arriver à destination, sans GPS, carte routière ou aérienne ? Entre inné et acquis, la science cherche encore des explications pour ces animaux qui ne perdent jamais la boussole. Les oiseaux d’ailleurs, possèdent « plusieurs boussoles internes », souligne Simon Benhamou. Le champ magnétique, le soleil, la position des étoiles et même l’odorat, tout peut entrer en jeu pour l’accomplissement du grand voyage. Et des boussoles, la sterne arctique en a bien besoin, elle qui accomplit chaque année la plus longue migration du monde animal. Un véritable tour du monde, 70 000 kilomètres, du nord au sud, de l’Arctique à l’Antarctique, et inversement, pour échapper aux six mois d’hiver et être toujours au soleil.

L’herbe est plus verte ailleurs

Migrer pour se nourrir, mais aussi donner la vie. C’est le cas de la tortue marine, qui revient pondre sur la plage où elle est née. Même chose pour le saumon qui quitte l’océan, pour rejoindre son lieu de naissance, tout là-haut dans la montagne, après avoir remonté la rivière à contre-courant… Arrivés à destination, malgré les écueils, ils y donnent la vie, épuisés, juste avant de mourir.

Et puis, il y a les transhumances organisées par l’homme, qui reproduit ici le comportement animal. Un phénomène ancestral, utile aussi à la biodiversité : sous leurs sabots, sur leur pelage, les animaux d’élevage font voyager sur leur pelage, sous leurs sabots, des graines qui germeront ailleurs. En Europe, pour les moutons ou les chèvres, ce sont les grandes vacances d’été, de juin à septembre là où les pâturages sont encore verts. Juin à septembre aussi en Afrique de l’Ouest ; la transhumance se cale sur la saison des pluies. C’est toujours la même histoire ; pour les animaux aussi, l’herbe est plus verte ailleurs.

En France ! Les défenseurs de la cause animale se sont défoulés cette semaine sur les réseaux sociaux, dès la nomination de Bérangère Abba dans le nouveau gouvernement de Jean Castex, en tant que secrétaire d’Etat à la Biodiversité. En cause, quelques photos de celle qui était alors députée LaREM, lors d’un événement consacré à la chasse à courre, dont le principe repose sur l’épuisement du gibier traqué pendant des heures par une meute de chiens. Conviction ou électoralisme ? Aujourd’hui, Bérangère Abba l’assure : elle est là « pour la préservation du vivant ». Sans aller jusqu’à soutenir le référendum d’initiative partagée sur le bien-être animal, à la différence de 117 députés et des trois quarts des Français interrogés par sondage. Un projet de referendum pour interdire, entre autres, l’élevage intensif et la chasse à courre...
 

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