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Congo: des milliers de retraités vivent dans la précarité, faute du paiement de leurs pensions

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Une vue générale de Brazzaville (image d'illustration).
Une vue générale de Brazzaville (image d'illustration). Wikimedia/Jomako

Ils cumulent dix-huit trimestres d’arriérés de pensions de retraite depuis 1997. Les 44 000 retraités immatriculés à la Caisse nationale de sécurité sociale congolaise (CNSS) sont convaincus que leur situation est due à l’indifférence de l’État qui ne paie pas ses créances. Un avis partagé par des analystes économiques qui demandent l’assainissement de toutes les caisses de retraite du pays. Reportage de notre correspondant à Brazzaville.

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Assis derrière un bureau de l’Agence de la Caisse nationale de sécurité sociale de Talangaï, Félix Tendi un retraité de plus de 70 ans a son masque sous le menton. Il est visiblement en colère. Sa situation sociale est plus difficile aujourd’hui que jamais.

« Moi, personnellement, c’est par miracle que je vis. On vivote : quelqu’un peut vous donner 1 000 FCFA pour faire le bouillon avec les enfants et vous mangez. Quant à l’électricité nous nous contentons de la lampe tempête ‘’luciole’’ parce qu’on n’a pas d’autres moyens de vivre », se plaint M. Tendi.

Il exige le paiement de ses arriérés de pensions qui s’élèvent à dix-huit trimestres depuis 1997.

« Vis-à-vis de l’État, nous demandons le paiement de nos arriérés de pensions ; et cela sans délai », menace M. Tendi.

La CNSS accuse des difficultés pour payer ses pensionnés qui sont des anciens employés des entreprises, des établissements dits à budget de transfert et autres contractuels, pour diverses raisons. À titre d’exemple jusqu’à fin décembre 2020, l’État n’avait pas pu faire face à des charges sociales estimées à près de 49 milliards de FCFA.

Gaspard Bakadiankouka, président de la Confédération des retraités contractuels du Congo vit cette situation comme une injustice de la part des autorités.

« Pendant que les retraités croupissent sous le poids de la misère, paradoxalement les autorités habilitées pratiquent la politique de deux poids, deux mesures. En effet, au cours de la même période les fonctionnaires congolais accumulant 23 mois d’arriérés de salaires depuis 1990, ont pu être payés par l’Etat qui a versé la totalité de leurs arriérés de salaires », s’insurge M. Bakadiankouka.

De son côté, Roch Euloge Nzobo du Cercle des droits de l’homme pour le développement (CDHD) juge peu satisfaisante la gestion de la retraite au Congo. À la Caisse de retraite des fonctionnaires (CRF), la situation n’est vraiment pas reluisante.

« La gestion de nos deux caisses de retraite (CRF et CNSS) est chaotique. C’est un peu malheureusement à l’image de la situation du Congo. On ne peut pas laisser les retraités à l’abandon et les soumettre à une paupérisation alors que ce sont des personnes qui ont travaillé pour ce pays », analyse M. Nzobo.

Roch Euloge Nzobo propose des pistes pour régler le problème.

« Qu’on commence par un audit, qu’on identifie le vrai problème et que le gouvernement prenne des mesures pour que le paiement (des pensions) se fasse au même rythme que le paiement des salaires des fonctionnaires », suggère-t-il.

La constitution en vigueur dans le pays indique que les personnes âgées et vivant avec handicap ont droit à des mesures de protection en rapport avec leurs besoins physiques et moraux, affirme une source gouvernementale, comme pour dire que la situation finira par être réglée.

 

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