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L'Afrique et la France partagent leurs savoir-faire sur les fermes d'insectes

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Des insectes comestibles.
Des insectes comestibles. © CC0 Pixabay/Satya Prem

Les insectes vont-ils nourrir les hommes et les animaux à l’avenir ? En France et en Afrique, scientifiques et entrepreneurs y croient dur comme fer. Ils partagent leurs savoirs et leurs techniques pour mettre au point les filières industrielles.

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Selon les ingénieurs français, la culture industrielle d’insectes pour nourrir les animaux, mais aussi les hommes, présente beaucoup d’avantages environnementaux. Patrick Borel est directeur de recherche à l’Inrae, l’Institut national de recherches pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.

Il explique que « pour avoir un kilo d’aliments comestibles de bœuf, il faut qu’il consomme douze fois plus d’aliments qu’un insecte, pour produire la même quantité d’aliments comestibles. Un insecte, ça produit cent fois moins de gaz à effet de serre qu’un bovin, et ça consomme deux mille fois moins d’eau. »

Culture plus efficace

Les protéines d’insectes sont donc moins nocives pour l’environnement. Leur culture est aussi plus efficace. Selon Samir Mezdour, chercheur en sciences des aliments et procédés alimentaires à Agro Paris Tech, « si vous donnez dix kilos de matières organiques à un insecte, il est capable de les convertir en huit ou neuf kilos de protéines, par rapport à un bœuf qui lui n’arrive à convertir que deux kilos. »

En Afrique et en Europe, des dizaines de startups fleurissent. En France, le leader du marché est une jeune société, Ynsect, créée en 2011 par un ingénieur agronome Antoine Hubert.

L'entreprise produit chaque année mille tonnes de farine à base de scarabées Molitor et ne compte pas en rester là. « Nos produits ont une très forte demande. On a signé pour plus de cent millions d’euros de contrats qu’on livre depuis notre site de Dole dans le Jura, un site qui tourne depuis plus de cinq ans », dit Antoine Hubert qui ajoute : « Notre site à Amiens est en cours de construction et ce sera la plus grande et la plus haute ferme verticale au monde. Une infrastructure unique au monde en termes de technologie. Nous avons déposé plus de 300 brevets autour de cette technologie. »

Le passage de l’artisanal à l’industriel d’une filière émergente

Reste que pour réussir le passage de l’artisanal à l’industriel, il faut remplir certaines conditions, selon Samir Mezdour, qui a conseillé notamment plusieurs entreprises africaines. « Quand on veut faire des élevages à grande échelle, il faut voir les possibilités de valoriser les sous-produits locaux de l’agriculture et de l’industrie agroalimentaire pour réduire les coûts et ensuite, la capacité à produire des volumes suffisamment importants pour réduire les coûts », explique Samir Mezdour. Puis il poursuit : « Il faut aussi être en capacité de valoriser les sous-produits de l’exploitation, parce que quand vous faites de la farine d’insectes, vous générez de fibres, des “frass”, c’est-à-dire des déjections. Et cela à une valeur, cela peut être valorisé comme fertilisant des sols. »

Que ce soit au Cameroun, au Ghana ou encore au Rwanda cette filière encore émergente permet aussi de réduire les importations d’aliments pour bétail comme le soja, très coûteuses à l’échelle d’un pays.

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