Afrique économie

Le choix critiqué des unités flottantes d'électricité en Afrique du Sud

Audio 02:21
Usine flottante de l'entreprise Karpowership au large de Banjul en Gambie.
Usine flottante de l'entreprise Karpowership au large de Banjul en Gambie. © RFI/Romain Chanson

La société Karpowership a été présélectionnée pour produire de l'électricité en Afrique du Sud. Cette entreprise turque construit des centrales électriques flottantes. Elle est déjà présente dans huit pays africains comme le Sénégal ou la Guinée. L'Afrique du Sud cherche à renforcer et à diversifier sa production électrique qui est actuellement issue à 80% de charbon. Mais le choix de Karpowership pour un contrat de vingt ans est critiqué parmi les experts et les militants écologistes.

Publicité

Ces derniers mois, l'Afrique du Sud a connu plusieurs périodes de délestages, des coupures de courant de deux à quatre heures, sur plusieurs jours et par quartiers. Pour autant, y a-t-il urgence à trouver de nouvelles sources d'approvisionnement au point de faire appel à des usines flottantes venues de Turquie ? « Nous avons besoin de nouvelles capacités de production énergétique, répond Chris Yelland, ingénieur électrique et consultant. Le coût des délestages pour l'économie est bien plus fort que le coût des centrales flottantes. Mais je pense que nous ne devrions pas accorder un contrat de vingt ans à ce type d'approvisionnement d'urgence. »

Ailleurs sur le continent africain, les contrats accordés à Karpowership sont en effet plus courts : un an en Guinée, cinq ans au Sénégal, dix ans au Mozambique et donc vingt ans en Afrique du Sud. C'est l'un des défauts de cette offre – parmi d'autres – exposées par Chris Yelland. « J'étais surpris et perturbé parce que, l'offre de Karpowership est totalement importée, pratiquement rien n'est produit localement, soutient l'ingénieur. Deuxièmement, ces navires produisent de l'électricité avec du gaz naturel liquéfié et les émissions carbones sont moins importantes qu'en brûlant du charbon, mais elles restent importantes. »

Pour Thandile Chinyavanhu militante spécialiste du climat et des questions énergétiques chez Greenpeace Afrique, l'urgence climatique vaut mieux que ces centrales à gaz. « On pense que ce serait une très mauvaise décision de se fournir en électricité auprès de Karpowership, affirme-t-elle. Le gaz naturel est une énergie fossile et son utilisation enfermerait l'Afrique du Sud dans une trajectoire de forte émission de gaz à effet de serre, en contradiction avec ce que l'on a promis en signant l'accord de Paris sur le climat. »

Autre inquiétude, l'impact local de l'amarrage de ces bateaux au large des côtes sud-africaine. Les communautés locales et les pêcheurs s'inquiètent pour leur environnement. « Par exemple, utiliser de l'eau de mer pour refroidir la centrale, ce qui aura un impact sur l'environnement et potentiellement sur les ressources halieutiques. Les autres problèmes que nous avons soulevés, ce sont les risque de pollution de l'air et la pollution sonore », rapporte Liziwe McDaid, stratège pour l'ONG, Green Connection.

Une poignée de militants ont déjà manifesté leur colère du côté de Port Elizabeth. L'ONG de Liziwe Mcdaid étudie l'appel d'offres avant de potentiellement contre-attaquer. L'entreprise Karpowership a jusqu'au 31 juillet 2021 seulement pour finaliser son dossier. Il reste beaucoup de monde à convaincre, en très peu de temps.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail