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La Grande muraille verte, un cercle vertueux

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En plein coeur du Sahara, au Niger, les arbres sont encore rares, mais, à l'occasion du One Planet Summit, en ce début d'année 2021, le projet de Grande muraille verte est relancé.
En plein coeur du Sahara, au Niger, les arbres sont encore rares, mais, à l'occasion du One Planet Summit, en ce début d'année 2021, le projet de Grande muraille verte est relancé. AP - Jerome Delay
Par : Florent Guignard
8 mn

Le sommet One Planet sur la biodiversité organisé lundi 11 janvier à Paris a promis de relancer le projet de la Grande muraille verte : reboiser une bande de 8 000 kilomètres de long, du Sénégal à Djibouti, du Sahel au Sahara, en faveur de l’environnement et du développement économique. Quand la vie amène la vie.

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La Grande muraille verte a la couleur de l’espoir, même si la plus grande aventure écologique de l’Afrique est encore loin d’avoir effacé les traces de la grande sécheresse des années 1970 et des dégâts causés sur la nature par le pâturage et la pression démographique. Officiellement lancé en 2007 par l’Union africaine, le projet pharaonique de reboisement d’une bande de 8 000 kilomètres de long, sur 15 kilomètres de large, du Sénégal à Djibouti, n’a atteint qu’environ 15% de ses objectifs aujourd’hui. Mais lundi 11 janvier, à Paris, autour d’Emmanuel Macron, le sommet One Planet consacré à la biodiversité a promis de relancer un chantier en péril principalement par manque de financement.

Dans ces paysages désertiques du Sahel et du Sahara, de plus en plus désertés par les populations humaines, la Grande muraille verte se veut une double promesse : au profit de l’environnement et du développement, au profit de la nature et de ceux qui y vivent et en vivent. C’est la conviction profonde d’Aliou Guissé, écologue et pionnier de la Grande muraille verte au Sénégal. Il a consulté les populations locales avant de sélectionner les espèces à replanter. « Elles les côtoient depuis des millénaires, rappelle le professeur de biologie à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. Elles les ont utilisées pour leur alimentation, se soigner, nourrir les bêtes, pour la cosmétique aussi, parce que les femmes peules sont très coquettes ! Et quand par exemple des femmes nous ont dit qu’elles avaient l’habitude d’utiliser des cure-dents issus de telle espèce végétale, nos collègues dentistes y ont effectivement trouvé des substances chimiques qui raffermissent les dents et les protègent. »

Un projet écologique et économique

Les espèces ont été choisies en fonction de leur résistance au manque d’eau, mais aussi de leur intérêt pour les communautés humaines. Une espèce végétale, initialement retenue, a finalement été rejetée parce qu’elle était toxique pour le bétail. En plantant des millions d’arbres, les humains se mettent au service des plantes, et les plantes, en retour, seront au service des humains, qui en tireront la substance, pour se nourrir ou se soigner. In fine, le grand projet écologique de la Grande muraille verte est aussi économique.

On plante des dattiers du désert, capables de survivre à deux années sans eau, qui procurent une huile « meilleure encore que l’huile d’olive », relève Aliou Guissé. On plante aussi des acacias du Sénégal, un gommier. « La gomme arabique issue de cet arbre est utilisée dans l’industrie pharmaceutique, dans l’agro-alimentaire et en particulier en confiserie. Il y a aujourd’hui une ruée vers cette matière première. Et nous avons tenu compte de cela pour améliorer les conditions de vie des populations, et nous savons que ça marche ! »

Le retour de la vie animale

La vie amène la vie, et c'est l'histoire de l'humanité. La plantation des arbres favorise la renaissance d'un écosystème disparu. D'autres végétaux poussent sous leur ombre ou grâce à l'eau puisée par leurs racines. Leurs feuilles tombées viennent se décomposer et enrichir le sol.

Quand le désert déserte, les animaux reviennent. Les insectes, les oiseaux, les rongeurs et même les gros mammifères observés grâce à des pièges-caméras placé dans la nature. « Lors d’une projection publique, les populations locales ont été surprises, se souvient Aliou Guissé. Les gens ont reconnu des espèces qu’ils connaissaient dans leur jeunesse et qu’ils avaient perdues de vue. Ça nous met un peu de baume au cœur, parce que ça nous montre que quelque part quelque chose se passe. » La Grande muraille verte est un cercle vertueux.

►À lire aussi : Sénégal: contre la déforestation, le projet de replanter des forêts nourricières

LA QUESTION DE LA SEMAINE

C’est le surnom donné, au Bahrein, à un arbre, de la famille des acacias, devenu une attraction touristique, parce qu’il a 400 ans et surtout parce qu’il est le seul arbre, à des kilomètres à la ronde, à pousser au milieu des dunes, grâce à ses racines qui peuvent descendre jusqu’à 35 mètres de profondeur pour aller trouver de l’eau.

Il est l’emblème des Émirats Arabes Unis, mais aussi de l’État du Rajastan en Inde. Là-bas, on l’appelle le Khejri. Au XVIIIème siècle, près de 400 personnes avaient été tuées en défendant les Khejris qu’un maharadja voulaient abattre. Un événement considéré comme le premier mouvement de résistance écologique.

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