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Le saumon se meurt en France

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19% des espèces de poissons sont particulièrement menacées, à l’image du saumon de l’Atlantique, le saumon sauvage qui vient se reproduire en rivière (photo d'illustration).
19% des espèces de poissons sont particulièrement menacées, à l’image du saumon de l’Atlantique, le saumon sauvage qui vient se reproduire en rivière (photo d'illustration). Getty Images/500px - Mike Bons / 500px

Près de 20% des espèces animales et végétales risquent de disparaître en France, selon une étude publiée cette semaine. 19% des espèces de poissons sont particulièrement menacées, à l’image du saumon de l’Atlantique, le saumon sauvage qui vient se reproduire en rivière.

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C'est un paradis sur terre. Une vallée verte où au milieu coule une rivière, une eau fraîche, limpide, sans pollution et presque sans prédateur. Cette rivière, l’Allier, est un affluent de la Loire, au cœur du Massif central et de la France très profonde, où naissent les derniers saumons sauvages d'Europe, sous des graviers polis depuis des millions d’années, au plus près de la source, si possible… Il s’agit de Salmo salar, le saumon sauvage de l’Atlantique, l’un des plus grands saumons, qui peut mesurer plus d’un mètre, tellement abondant autrefois dans les eaux du Rhin, ou de l’Elbe, dans l’est de l’Europe, où il a totalement disparu.

Il en existe encore en France, mais de moins en moins ; l’espèce est menacée d’extinction, comme de nombreux poissons d’eau douce. Selon une étude publiée cette semaine par l’Office français de la biodiversité, le Museum d’histoire naturelle de Paris et l’UICN, l’Union internationale pour la conservation de la nature, 19% des espèces de poissons d’eau douce présentes en France métropolitaine risquent de disparaître. C’est une réalité : dans la Loire et l’Allier, on voit de moins en moins de saumons sauvages. « Dans les meilleures, années, depuis vingt ans, on a pu compter à Vichy, sur l’Allier, 600 poissons, détaille Roberto Epple, le président de l'association écologiste SOS Loire vivante. Le reste du temps, en moyenne, on est à 200 saumons. Et plus haut, autour du barrage de Poutès, quand on remonte au plus près, c’est quelques dizaines de saumons. »

Quand l’humain fait barrage au saumon

Le barrage hydroélectrique de Poutès se trouve en Haute-Loire. Un barrage qui porte trop bien son nom pour les saumons, puisqu'il constitue un obstacle de taille qu’il faut pourtant franchir pour se reproduire dans de bonnes conditions, lors de la montaison, ou pour gagner l’océan après la naissance. Des passes à poisson ont bien été installées il y a quelques années, mais insuffisamment efficaces. Alors, comme il arrive parfois, les êtres humains consentent à reculer un peu, et concèdent à la nature ce qu’ils lui avaient pris. Le barrage de Poutès est ainsi actuellement en travaux. EDF, sous la pression d’un long combat menées depuis des années, a accepté de le « transformer radicalement », pour le bien-être des saumons. 

« On diminue la hauteur du barrage, qui va passer de 20 mètres à 7 mètres, explique Sylvain Lecuna, le responsable du projet du Nouveau Poutès pour EDF. Ce qui va nous permettre de diminuer la taille de la retenue en amont, puisqu'on va passer d’une retenue de 3 500 mètres de long à une retenue qui ne fera plus que 400 mètres de long. Ce faisant, les jeunes poissons qui vont à la mer, et qui pouvaient mettre plusieurs semaines à trouver la sortie du barrage, passeront en quelques heures seulement. »

Une course contre la montre suivie d’un marathon

Parce que le temps leur est compté. L’océan se trouve à près de 1 000 kilomètres. Il faut descendre l'Allier, puis la Loire, pour rejoindre l’Atlantique. Et passer de l’eau douce à l'eau salée. C'est à ce moment que le système respiratoire du saumon, et ses branchies, se transforment. Une opération délicate qui impose cette course contre la montre. Commence alors le marathon des saumons : 4 000 kilomètres jusqu'au Groenland. Les jeunes poissons y passent deux à trois ans, à se gaver de crevettes, avant de revenir exactement où ils ont nés, « à quelques dizaine de mètres près, raconte Roberto Epple, de SOS Loire vivante. C’est une historie vraiment formidable ! Ils utilisent plusieurs méthodes pour accomplir cette incroyable migration. Quand le saumon est en mer, on pense qu’il s’oriente grâce aux étoiles, et probablement aussi grâce aux ondes magnétiques. Quand il s’approche des côtes, il s’oriente autrement : le saumon va analyser l’odeur et la composition de l’eau pour retrouver sa rivière. Enfin, sur les derniers kilomètres, on pense qu’il s’oriente visuellement. Il utilise finalement plusieurs GPS ! »

Ces extraordinaires capacités restent pour partie encore mystérieuses. S’il a franchi toutes les embûches rencontrées en chemin, la pêche, les prédateurs et les constructions humaines, alors le saumon, qui revient d’où il vient, arrivera à sa destination finale. Après s’être reproduit, le poisson finit par mourir, épuisé, arrivé au terme du cycle d’une vie guidée par un unique impératif : la sauvegarde de son espèce. La migration des saumons est un miracle de la vie, de plus en plus précaire.

LA QUESTION DE LA SEMAINE
« Pourquoi la chair des saumons est-elle rose ? »

C'est exactement pour la même raison que les flamants sont roses ; parce qu'ils se nourrissent, pour l'essentiel, de crevettes, qui contiennent des caroténoïdes, une famille de pigments végétaux, de molécules, qui donnent aussi sa couleur au pamplemousse, à la tomate, au maïs, et bien sûr à la carotte qui, elle, donne les fesses roses !

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