Chronique des médias

«Science & vie», ou le journalisme en péril

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Couverture d'un numéro du magazine «Science et vie» de janvier 1947.
Couverture d'un numéro du magazine «Science et vie» de janvier 1947. Getty Images - Apic

Le magazine mensuel Science & Vie vient de voir démissionner la plus grande partie de ses journalistes titulaires en signe de protestation contre la politique de son nouvel actionnaire, Reworld.

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C’est devenu, aux yeux de l’économiste Julia Cagé, professeure à Sciences Po, un cas d’école de ce qu’elle appelle « le journalisme sans journalistes ». En début de semaine, ce magazine de vulgarisation scientifique plus que centenaire, puisqu'il est né en 1913, a vu neuf de ses journalistes – cinq titulaires et quatre pigistes – démissionner, soit une très grande partie de la rédaction qui compte désormais huit journalistes titulaires, en incluant le rédacteur en chef.

Les motifs invoqués sont nombreux depuis le rachat de Science & Vie, en 2019, par Reworld Media. D'abord, la baisse des effectifs, mais aussi une direction et une rédaction en chef sans expertise scientifique, le recours à des chargés de contenus non journalistes ou à des agences externes pour les hors-série.

Reworld est un groupe qui a une très grande expertise sur internet, mais il n’hésite pas à mettre en avant des contenus plutôt que d’autres sur des critères purement mercantiles, en se basant sur la performance commerciale des liens. Du reste, sa profitabilité s’est encore renforcée en 2020. Pour ce faire, pas besoin de journalistes ni d’indépendance, en particulier sur le web où œuvrent les fameux chargés de contenus.

« Il faut vivre avec son temps »

La carte de presse et les droits de conscience qui y sont associés, c’est du passé, selon Pascal Chevalier, le patron de Reworld. La carte de presse ? « C’est fini tout ça, il faut vivre avec son temps », a-t-il déclaré à CB News en février. La rédaction de Science & Vie, voit dont fondre ses effectifs : 29 journalistes au moment du rachat, 19 un an après, 8 aujourd'hui. Lorsqu'il avait racheté huit titres de Lagardère, en 2014, Reworld, avaient fait passer leurs rédactions de 150 à 9 journalistes

L’actionnaire peut gagner de l’argent, mais l’information, en particulier scientifique, y perd. Ennuyeux en ces temps de crise sanitaire. Du coup pour garantir l’information qui est, rappelle-t-elle, un « bien public », Julia Cagé propose de conditionner à l’emploi de journalistes les aides publiques à la presse, dont profite Reworld, – par exemple des TVA ou de tarifs postaux avantageux.

Ce qui est sûr, c’est qu’on ne peut pas laisser l’internaute arbitrer seul. Depuis début avril, le règlement européen de protection des données impose de lui laisser le choix sur l’écran, à son arrivée sur un site, entre accepter ou refuser les publicités. S’il est en désaccord avec la politique d’un éditeur de presse, l’internaute refusera-t-il de valider un modèle publicitaire ? Eh bien, c’est peu probable. Du reste, Reworld pourra toujours proposer du contenu de marque qui n’est pas tout à fait de la pub.

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