Politique, le choix de la semaine

Covid-19: en France, le pari du cas par cas

Audio 03:09
Jean Castex, le Premier ministre français, le 25 février 2021.
Jean Castex, le Premier ministre français, le 25 février 2021. © Stéphane de Sakutin/AFP

Du cousu main, voilà la nouvelle méthode du gouvernement face au Covid-19. Plutôt que de prendre les décisions depuis les ministères à Paris, l'exécutif met désormais en avant la concertation avec les élus locaux. Une stratégie pas dénuée d'arrière-pensées. C'est à Nice que le changement de rythme du gouvernement a été le plus visible.

Publicité

Ça s'est vu d'abord dans la mise en scène. C'est le préfet, le représentant de l'État dans les départements, qui est apparu devant les caméras. C'est lui qui a annoncé un reconfinement le week-end, et non pas un ministre à Paris. Le ministre de la Santé Olivier Véran a bien pris soin d'associer tous les élus locaux. Christian Estrosi, le maire de Nice, a soutenu les annonces.

La concertation locale face au Covid-19, Emmanuel Macron l'avait pourtant promise au début de la crise sanitaire

Dès la fin du premier confinement, l'exécutif est accusé d'être déconnecté des réalités du terrain. Le Conseil de défense sanitaire, organisé tous les mercredis à l’Élysée, était le symbole, selon l'opposition, d'un pouvoir qui décide tout, tout seul et dans le secret. Et malgré le travail d'Édouard Philippe à ses côtés, Emmanuel Macron n'est pas arrivé à l'époque à se mettre au diapason des territoires. Au contraire, la situation a mal tourné. Souvenez-vous de la fronde des grandes villes de France quand le gouvernement a décidé de fermer les bars et restaurants en septembre dernier. Marseille en tête. Des élus, criant à l'injustice, avaient même participé à des manifestations de colère de restaurateurs sur l'air de « pourquoi nous et pas les autres ».

Qu'est-ce qui a changé ? Pourquoi ça a bien marché à Nice ?

Eh bien des deux côtés, au gouvernement et dans les mairies, on s'est rendu compte que la confrontation ne faisait que des perdants. Face au Covid, territoires et État se retrouvent alliés, contraints et forcés. « Nous avons appris ensemble », reconnaissait jeudi Jean Castex. Les responsabilités sont désormais partagées et c'est tout à l'avantage du gouvernement. Plus une décision est soutenue et acceptée par les maires, moins elle sera contestée. On l'a vu à Nice. Aujourd'hui, la responsabilité de l'annonce des mauvaises nouvelles n'est plus le fardeau du seul gouvernement.

Mais le « cas par cas » pour le gouvernement, ça ne marche que pour resserrer la vis

C'est ce qui s'est passé à Dunkerque. Les élus locaux réclamaient un sursis, une dernière chance, avant un confinement le week-end. Le ministre de la Santé est resté inflexible malgré les nombreuses réunions avec eux. Face aux caméras, le maire de la ville a serré les dents, forcé de suivre la consigne gouvernementale. Mais la stratégie du « cas par cas » est risquée. Quand Paris réclame un confinement de trois semaines, d'autres à Reims, en Bretagne ou à Perpignan demandent l'inverse, un assouplissement des mesures. Un cadre de la Macronie remet tout le monde à sa place : « Le gouvernement n'a pas donné les clés aux élus locaux, ça reste du co-voiturage ». Le co-voiturage, jusqu'à quand ? Une situation catastrophique sur tout le territoire obligerait l'exécutif à revenir à des mesures nationales, les mêmes pour tout le monde.

 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail