Reportage Afrique

Les femmes parmi les rebelles de l'ALS au Soudan

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L’ALS comporte également un grand nombre de femmes dans ses rangs. Ici, une patrouille rebelle dans les montagnes du Jebel Marra.
L’ALS comporte également un grand nombre de femmes dans ses rangs. Ici, une patrouille rebelle dans les montagnes du Jebel Marra. © RFI / Sébastien Németh

Dans l’ouest du Soudan, l’Armée de libération du Soudan est le dernier groupe armé du Darfour. L’ALS compte des femmes dans ses rangs. Elles suivent les mêmes entraînements et effectuent les mêmes missions que les hommes. Rencontre avec plusieurs d'entre elles, au quartier général rebelle, dans la chaîne de montagne du Jebel Marra.

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Sadiha Mahamat chante les slogans de l’ALS en face de dizaines de rebelles à l’entraînement. Âgée de 45 ans et originaire du centre du Darfour, elle combat dans le mouvement depuis 2008. Comme les autres, un mot revient sans cesse pour expliquer son engagement : « Zulum », l’injustice en arabe. Et comme les autres, elle a été touchée personnellement par la guerre.

« Quand j’étais enfant, nous raconte Sadiha, je me suis rendue compte que mon peuple souffrait, qu’il était sous la domination de milices qui volaient le bétail et tuaient les gens. Un de mes oncles a été assassiné en sortant du marché. Mon village a été attaqué et détruit plusieurs fois. Ma famille a dû fuir dans un camp de déplacés. J’ai donc voulu me battre contre cette injustice. J’ai d’abord intégré les milices de défense Four. Puis j’ai rejoint l’ALS ici, dans le Jebel Marra. »

Au cœur du camp d’entraînement rebelle, hommes et femmes réalisent manœuvres et exercices sous les ordres de leurs supérieurs. Khadija Abacar a 40 ans. C’est une ancienne du mouvement. Engagée depuis près de 20 ans, elle a combattu en 2003, 2008, 2018 et 2019. Et sa détermination reste intacte.

« Si on n’a rien à manger, toute la famille est en danger, explique Khadija. Tu dois te battre pour récupérer les droits de ton peuple. Nos ennemis ont le soutien de l’État. Il leur donne des armes et des véhicules. Mais on doit se battre parce qu’on ne peut pas rester les bras croisés devant tous ces crimes. L’ancien gouvernement et tous ses complices doivent être jugés. Après ça, je verrai à quoi ressemble l’avenir de mes enfants. Et même si je meurs avant, je serai satisfaite de m’être battue. »

Ce soir, femmes et hommes préparent ensemble le dîner de la troupe. Au menu, une bouillie de sorgho avec sauce au poisson. C'est un moment de détente bienvenu au milieu d’un quotidien austère, loin de tout. Une vie spartiate difficile à supporter comme l’explique Halima Suleymane, 26 ans.

« Mon fils est hors du camp. C’est compliqué d’aller le rejoindre. Mon mari sort travailler pour pouvoir le nourrir, mais moi je suis ici pour aider le mouvement. C’est très dur d’être séparés. Quand on sort de la zone libérée, on doit avoir l’air de civils normaux, mais on a toujours peur d’être arrêtés. » Halima Suleymane a passé une partie de son enfance dans un camp de déplacés. Il n'est pas question pour elle d’y retourner. La jeune rebelle dit qu’au moins ici, elle se sent en sécurité parmi l’ALS.

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